Le surendettement en 10 questions
La Commission de surendettement
C’est l’étape ultime du surendetté.
Toute personne physique confrontée à de graves
problèmes financiers qui ne réussit pas à
honorer ses dettes peut saisir la commission de surendettement.
Cette procédure a été mise en place
dans les années 1990. Il en existe une dans chaque
département. Son secrétariat est en fait assuré
par la succursale de la Banque de France du domicile du
demandeur.
Ces commissions ont pour mission de rechercher des solutions
aux problèmes rencontrés par les particuliers
qui ont contracté un endettement excessif ou qui
sont confrontés à une réduction de
leurs ressources à la suite d'un accident de la vie.
Qui peut saisir la Commission de surendettement
?
Quatre conditions doivent être réunies pour
saisir la commission. Vous devez être une personne
physique, être Français domicilié en
France ou à l’étranger ou étranger
résident en France. Vous devez aussi être de
bonne foi.
Par exemple, vous pouvez être considéré
comme étant de mauvaise foi si vous avez aggravé
votre endettement après le dépôt du
dossier ou si vous avez détourné ou dissimulé
ou tenté de détourner ou dissimuler tout ou
partie de vos biens.
Les personnes qui ont souscrit de nouveaux emprunts sans
l’accord de leur créanciers ou du juge ou qui
ont procédé à des actes de disposition
de leur patrimoine pendant l'exécution du plan ou
le déroulement des procédures sont aussi considérées
de mauvaise foi.
Enfin, vous devez être dans l’impossibilité
de faire face à l’ensemble de vos dettes non
professionnelles contractées auprès de vos
créanciers en France. Seule la personne en situation
de surendettement peut saisir la commission. Ainsi, un créancier
n’a pas le droit de saisir la commission.
Les débiteurs professionnels susceptibles de faire
l'objet d'une procédure collective de règlement
de leur passif n’ont pas le droit de saisir la commission.
Tout comme les professions libérales qui auraient
contracté des dettes dans le cadre de leur exercice
professionnel.
Quelles dettes peuvent être prises en compte
?
- Les dettes non professionnelles : Ce sont celles qui
ne sont pas liées à une activité professionnelle,
c’est-à-dire « tous les engagements souscrits
par le débiteur pour ses besoins personnels et familiaux
sans qu'il y ait à distinguer selon que le créancier
est ou non un établissement de crédit ».
- Les dettes communes entre époux : Tout époux
peut demander pour son endettement personnel les bénéfices
de la commission car l’état de surendettement
s’évalue uniquement par rapport à celui
qui présente la demande. Même un débiteur
marié à une personne exclue des conditions
est éligible à l’étude de la
commission.
- Les dettes issues d’une caution : La caution est
un acte civil donc un engagement non professionnel, même
s’il résulte des besoins de la profession du
débiteur. En revanche, le cautionnement souscrit
par un dirigeant social pour garantir les obligations de
sa société présente un caractère
professionnel.
Comment saisir la Commission ?
La procédure est entièrement gratuite et
est engagée à la demande d’une personne
pouvant justifier de son surendettement. Pour cela, vous
devez vous adresser à la succursale de la Banque
de France du département la plus proche de chez vous.
Vous devez alors retirer un dossier de « déclaration
de surendettement ». Celui-ci comporte toutes les
informations nécessaires : la situation familiale,
le montant et la nature de toutes ses dettes et de ses dépenses
courantes, les coordonnées de ses créanciers,
le montant détaillé de ses revenus, les crédits
à la consommation et crédits immobiliers en
cours de remboursement…
Vous devrez aussi joindre dans le dossier de surendettement
les photocopies de la carte d’identité du demandeur,
de sa situation familiale, de ses revenus, ressources, biens,
de ses charges et de ses dettes. D’autres créances
peuvent aussi être rajoutées : dettes immobilières
(signalement des retard de loyer), dettes de la vie quotidienne
(cantine, frais de garde des enfants…), les arriérés
d’impôt sur le revenu et impôts locaux,
les prêts personnels accordés par des amis
ou la famille…
Enfin, joignez-y une lettre de saisine de la Commission
de surendettement afin d’expliquer votre situation.
Cette lettre sera la bienvenue, une fois devant le juge.
Elle prouvera de votre bonne foi.
Attention, en cas de fausse déclaration, de tentative
ou dissimulation de biens, l’aggravation par de nouvelles
souscriptions à de nouveaux biens, le dossier du
demandeur risque bien d’être rejeté par
la Commission de surendettement.
Le dépôt et la constitution du dossier de
surendettement ne dispense toujours pas le débiteur
d’honorer ses dettes.
Qu’est-ce que l’examen de recevabilité
?
Une fois votre dossier complet envoyé, la Commission
procède alors à son examen afin de déterminer
la recevabilité de votre demande. Elle a 6 mois pour
donner son avis, procéder à l’instruction
et décider de son orientation.
La Commission peut entendre toutes les personnes dont l’audition
lui paraît utile. Elle peut aussi demander aux créanciers
des précisions sur les dettes que vous avez contractées.
Enfin, en cas de difficultés, la commission peut
même saisir le Juge de l’Exécution pour
demander une vérification des dettes.
Six mois après le dépôt du dossier,
la Commission informe le demandeur et ses créanciers
de sa décision. Si votre dossier est jugé
irrecevable, vous pouvez toujours adresser votre recours
contre la décision par lettre remise au secrétariat
de la commission. Le délai est de quinze jours à
compter de l’annonce de la décision.
Dans le cas où le dossier serait accepté,
deux situations peuvent se présenter. Vos créanciers
et vous-même pouvez trouver un plan conventionnel
de redressement afin de payer vos dettes, avec davantage
de délai. Si vous n’arrivez pas à vous
mettre d’accord, le seul moyen qui s’offre à
vous est de demander les recommandations de la Commission.
Elle peut suspendre les mesures d’exécution
que vous imposent vos créanciers. La suspension ne
peut pas excéder un an.
Quelles sont les solutions du surendettement?
Après l’acceptation de votre dossier, la Commission
va vous proposer un plan conventionnel de redressement.
Ce dernier résulte d’un accord entre les créanciers
et le débiteur. Ce plan peut prévoir plusieurs
mesures. Ainsi, vos dettes peuvent être reportées,
rééchelonnées voire même remises.
Les taux d’intérêts peuvent être
réduits ou supprimés et vos garanties consolidées.
Si vous ne respectez pas toutes les conditions d’application
du plan, ce dernier peut être remis en cause à
tous moments par un seul des créanciers qui peut
l’annuler pour tous vos créanciers.
Le plan ne peut durer plus de 10 ans. Vous pourrez être
amenés à vendre certains de vos biens, notamment
ceux qui ne vous sont pas indispensables (résidence
secondaire, véhicule…) ou de résilier
des produits d’épargne pour les affecter au
remboursement des dettes. Vous devrez par ailleurs vous
engager à ne pas souscrire de nouveaux emprunts pour
ne pas aggraver votre situation.
Attention, si vous avez omis volontairement ou non de mentionner
certains créanciers lors de la constitution de votre
dossier, ils ne seront pas pris en compte dans le plan et
vous devrez toujours les rembourser dans les conditions
établies au moment de la signature du contrat.
Et en cas de désaccord ?
Si vous n’avez pas réussi à vous mettre
d’accord avec vos créanciers, la Commission
va élaborer des recommandations. Lesquelles ne peuvent
dépasser 10 ans. Les recommandations proposées
par la Commission peuvent être simplement celles déjà
prévues par le plan de redressement avorté.
Cette dernière peut aussi élaborer des recommandations
différentes. Dans ce cas, elles sont généralement
plus intéressantes pour le débiteur puisqu'elles
ne résultent pas de négociations amiables
avec les créanciers.
La loi autorise la Commission à dicter plusieurs
recommandations : report des dettes, imputer les paiements
d’abord sur le capital, baisser les taux d’intérêts,
éviter une vente à bas prix en cas de vente
forcée. Elle n’a pas le pouvoir de faire des
recommandations en matière de dettes alimentaires.
En cas de désaccord sur les recommandations, le
débiteur doit les contester dans les 15 jours qui
suivent la notification par lettre remise au greffe du juge
de l’exécution au Tribunal de Grande Instance
(TGI). Le juge de l’exécution rend son jugement.
Ce dernier est d’exécution immédiate
mais il peut faire l’objet d’un recours non
suspensif devant la cour d’appel.
En cas d’échec de la négociation
sur le surendettement?
Enfin, si la commission n’a pas réussi à
négocier un plan amiable d’élaboration
des recommandations, cela signifie que le débiteur
est complètement insolvable et qu’il n’a
ni les ressources nécessaires, ni des biens à
saisir pour rembourser ses dettes.
La commission peut alors recommander la suspension du paiement
des dettes – autres qu’alimentaires et fiscales
– pour une durée maximale de 2 ans. Elle peut
aussi recommander l’effacement partiel des créances.
A l’issue de la période de moratoire (2 ans
maximum), la commission réexamine la situation du
débiteur. Si la situation ne s’est pas améliorée,
elle peut recommander l’effacement partiel des créances.
L’effacement total des dettes ne peut intervenir qu’à
l’issue d’une procédure de rétablissement
personnel.
Si le débiteur a retrouvé des fonds, la commission
peut recommander des mesures de rééchelonnement
de ses dettes sur une durée maximale de 10 ans.
Qu’est-ce que la procédure de rétablissement
personnel ?
Il arrive que la situation de débiteurs soient extrêmement
difficile à tel point que même un remboursement
des dettes en plusieurs fois n’est pas possible. La
procédure de rétablissement personnel correspond
à la liquidation judiciaire appliquée aux
entreprises. La situation financière de l’intéressé
est alors considérée comme « irrémédiablement
compromise ».
Le rétablissement personnel peut être proposé
à plusieurs étapes de la procédure
: à la demande de la commission, en cours d’exécution
d’un plan conventionnel de redressement ou de recommandations,
à l’occasion d’un recours exercé
devant le juge ou sur saisine directe du juge.
Le rétablissement personnel entraîne la nomination
éventuelle d’un mandataire, la liquidation
judiciaire du patrimoine et la désignation d’un
liquidateur, la vente des biens autres que meublants ainsi
que l’effacement de la dette qui n’a pas pu
être soldée par la vente. Attention, cette
opération implique aussi l’impossibilité
d’avoir à nouveau recours à la procédure
de surendettement avant 8 ans.
L’effacement des dettes est-il automatique
?
L’effacement des dettes n’est jamais automatique.
En effet, si vous ne pouvez honorer vos dettes mais que
vous disposez de biens, le juge prononce la liquidation
judiciaire de votre patrimoine. Il nomme alors un mandataire
qui sera chargé de vendre ces biens pour rembourser
vos créanciers. Ils seront vendus dans les 12 mois.
Sauf pour ceux indispensables à votre activité
professionnelle et vie quotidienne. Si après la vente,
il reste toujours des dettes, le juge prononcera alors la
clôture pour insuffisance d’actifs. Toutes vos
dettes non professionnelles seront donc effacées.
Autre situation, vous n’avez pas de biens à
vendre pour honorer vos dettes. Dans ce cas le juge pourra
annuler toutes vos dettes. En revanche, si vous avez bénéficié
d’une procédure de rétablissement personnel,
vous serez inscrit au FCIP (Fichier des Incidents de Remboursement?des
Crédits aux Particuliers) pendant huit ans, ce qui
vous interdit de souscrire à un crédit consommation
pendant toute cette durée.
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